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LA RESTAURATION DE LANATION PAR LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION (EXTRAITS)

Message de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO)

aux fidèles catholiques, aux hommes et aux femmes de bonne volonté

 à l’occasion du 49 e anniversaire de l’indépendance de la RD Congo

 « La justice grandit une nation » (Pr 14, 34)

Il est impérieux de nous forger une nouvelle échelle de valeurs par rapport aux antivaleurs qui déconstruisent le tissu éthique de notre société. Quand une société perd les repères fondamentaux comme ceux du bien commun, de l’organisation sociale de la vie, de l’engagement pour l’intérêt de tous ; lorsqu’une société s’enferme dans l’accoutumance à la violence et dans la perversion des mœurs ; quand les dirigeants d’une nation n’ont plus le sens de leurs responsabilités et qu’ils se pervertissent dans la recherche d’un enrichissement facile et sans scrupule, dans la criminalité économique, où voulez-vous que cette nation aille sinon vers son effondrement ? Il est donc temps de rappeler à notre peuple et à nos dirigeants qu’il existe des valeurs fondamentales sans lesquelles la vie, le progrès, le développement et le bonheur de la nation ne sont pas possibles. Ce sont notamment ces valeurs du bien commun, du respect absolu de la Loi Fondamentale, d’un développement solidaire qu’il nous faut redécouvrir.

Opérer des choix judicieux et courageux

Un avenir meilleur pour notre pays postule le choix de ce qui est essentiel et fondamental en vue d’édifier un Congo à la mesure de ses potentialités. Il s’agit de faire le choix pour une politique d’engagement communautaire, une éthique d’un enrichissement mutuel, du bonheur partagé et de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il mérite. Nous invitons notre peuple à se convaincre que c’est grâce à des valeurs morales et des convictions profondes en Dieu qu’il peut trouver la force de résister aux idoles de ce monde.

Le choix de revenir au sens de l’Etat et du bien commun

La vraie démocratie s’édifie dans le respect des libertés individuelles. Tout en encourageant à lutter contre l’impunité, nous rappelons que l’Etat n’est pas là seulement pour réprimer. Le dirigeant congolais, à quelque échelon qu’il soit de son pouvoir, doit se rappeler que l’idéal politique est un idéal éthique. « La responsabilité de poursuivre le bien commun revient non seulement aux individus, mais aussi à l’Etat, car le bien commun est la raison d’être de l’autorité politique ».

Le choix de la justice sociale et de la lutte contre la corruption

La justice sociale « grandit la nation » (cf Pr 14, 43), elle crée un climat de paix et d’harmonie dans la société du fait que la loi protège tout citoyen des exactions et de tout abus de pouvoir. Une telle justice implique l’existence d’un Etat de droit, dans lequel personne ne concentre tous les pouvoirs entre ses mains. La justice sociale et distributive doit être promue car elle offre à tous une égalité de chance fondée sur les mérites objectifs et non sur le clientélisme. Cette égalité de chance permet à l’Etat et à ses institutions de garantir le bien commun et de promouvoir un développement solidaire et intégral du pays. Le Souverain pontife Benoît XVI le souligne avec justesse dans sa lettre encyclique Caritas in veritate : « C’est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher. Œuvrer en vue du bien commun signifie d’une part, prendre soin et, d’autre part, se servir de l’ensemble des institutions qui structurent juridiquement, civilement et culturellement la vie sociale qui prend ainsi forme de la cité ». La corruption vient contredire tous ces principes en instaurant comme norme l’intérêt égoïste, le népotisme, le tribalisme et le détournement. Il faut dès lors mener une lutte sans merci contre la corruption si nous voulons que notre pays se développe de manière harmonieuse . Le succès de cette lutte est aussi fonction de l’engagement de la population appelée à sortir de sa passivité pour dénoncer la corruption et éviter ainsi de devenir complice d’un mal dont elle est elle-même la première victime.

Le choix de la formation du peuple

Il est plus que temps que la formation et l’information du peuple soient considérées comme l’une des priorités de l’Etat et de la classe politique. Seul un peuple formé et informé deviendra capable de jouer son rôle. La formation doit viser à lui redonner des repères moraux, les seuls capables d’humaniser ses rapports avec ses semblables et de les servir dans la justice et l’honnêteté. L’absence d’une opinion publique bien formée dans notre pays, capable de peser sur les décisions n’encourage pas le contrôle de ceux à qui le peuple a confié un mandat. L’Eglise a pris la mesure du défi de l’éducation tant spirituelle, morale que civique aux fins de former le nouvel homme congolais capable de résister face à la dictature d’un gain facile et de l’avoir. Elle s’engage à poursuivre son programme d’éducation civique axé sur la participation des citoyens à la gouvernance locale et la lutte contre la corruption.

Prendre un nouvel élan

L’heure a sonné pour nous lever afin de reconstruire notre pays sur des bases solides. Après avoir été, comme le dit notre hymne national, ‘ longtemps courbés’, dressons nos fronts, tenons-nous droits et restons dynamiques pour aller plus loin. Toutes les couches sociales du peuple doivent pleinement assumer leur part de responsabilité afin que surgisse une société congolaise nouvelle. Dans ce contexte, nous exhortons les fils et filles de notre pays, les gouvernants et gouvernés, à vivre aujourd’hui cette parole du Seigneur : ‘ lève-toi et marche ‘ (cf Mc2, 9. 11). A un an du grand Jubilé d’Or de l’indépendance de la RD Congo, « l’impératif doit maintenant être clair et absolument décisif : nous mettre debout en vue de construire notre destinée ».

Conclusion : une année du Jubilé

Au regard de cet impératif de bâtir notre destinée nationale, nous décrétons, pour l’Eglise Famille de Dieu qui est en RD Congo, l’année pastorale 2009-2010 : l’ Année du Jubilé. Une année de grâce pour notre pays, une année de renouveau et de joie, une année de retrouvailles avec Dieu, pour mettre fin aux pratiques de corruption et de vénalité qui détruisent la nation et bâtir avec Dieu dans la justice, un Congo solidaire, prospère et heureux.

Nous demandons que durant cette Année Jubilaire, tous les fidèles s’adonnent particulièrement à une fervente prière et aux actes de repentance pour le passé , afin d’obtenir de Dieu de toute bonté et de toute miséricorde, l’abondance de grâces divines, la paix profonde et durable et la marche irréversible vers le progrès et la prospérité pour tous, sans acception de personne.

En cette année du Jubilé, l’Eglise famille de Dieu en RD Congo, interpellée, elle-même, dans son apport au service de la Nation, se présente humblement devant notre peuple pour l’inviter à s’ouvrir sincèrement à Dieu. Une démarche sincère à la suite du Christ ne peut rester indifférente à la condition du frère qui croupit dans la misère, elle ne peut non plus accepter l’injustice sociale. Bien au contraire, elle entraîne l’ouverture aux autres et une vie de solidarité et de bonheur partagé. Avec le Pape Benoît XVI, nous réaffirmons que « l’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain, seul un humanisme ouvert à l’absolu peut nous guider dans la promotion et la réalisation des formes de vie sociale et civile – dans le cadre des structures, des institutions, des cultures et de l’ethos – en nous préservant du risque de devenir prisonnier des modes du moment ». Comme dit le psalmiste : « Si Dieu ne bâtit la maison vaine est la tâche des bâtisseurs » (Ps 127, 1).

A l’intercession de la Vierge Marie, Notre-Dame du Congo et Mère du Perpétuel Secours, et à celle de nos bienheureux Isidore Bakanja et Marie-Clémentine Anuarite, nous confions la préparation et les fruits de l’Année du Jubilé d’Or de l’indépendance de la RD Congo. Que Dieu bénisse la RD Congo et notre peuple.

Fait à Kinshasa, le 10 juillet 2009