Il est impérieux de
nous forger une nouvelle échelle de valeurs par
rapport aux antivaleurs qui déconstruisent le
tissu éthique de notre société. Quand une société
perd les repères fondamentaux comme ceux du bien
commun, de l’organisation sociale de la vie, de
l’engagement pour l’intérêt de tous ; lorsqu’une
société s’enferme dans l’accoutumance à la
violence et dans la perversion des mœurs ; quand
les dirigeants d’une nation n’ont plus le sens de
leurs responsabilités et qu’ils se pervertissent
dans la recherche d’un enrichissement facile et
sans scrupule, dans la criminalité économique, où
voulez-vous que cette nation aille sinon vers son
effondrement ? Il est donc temps de rappeler à
notre peuple et à nos dirigeants qu’il existe des
valeurs fondamentales sans lesquelles la vie, le
progrès, le développement et le bonheur de la
nation ne sont pas possibles. Ce sont notamment
ces valeurs du bien commun, du respect absolu de
la Loi Fondamentale, d’un développement solidaire
qu’il nous faut redécouvrir.
Opérer des choix
judicieux et courageux
Un avenir meilleur
pour notre pays postule le choix de ce qui est
essentiel et fondamental en vue d’édifier un Congo
à la mesure de ses potentialités. Il s’agit de
faire le choix pour une politique d’engagement
communautaire, une éthique d’un enrichissement
mutuel, du bonheur partagé et de mettre l’homme
qu’il faut à la place qu’il mérite. Nous invitons
notre peuple à se convaincre que c’est grâce à des
valeurs morales et des convictions profondes en
Dieu qu’il peut trouver la force de résister aux
idoles de ce monde.
Le choix de revenir
au sens de l’Etat et du bien commun
La vraie démocratie
s’édifie dans le respect des libertés
individuelles. Tout en encourageant à lutter
contre l’impunité, nous rappelons que l’Etat n’est
pas là seulement pour réprimer. Le dirigeant
congolais, à quelque échelon qu’il soit de son
pouvoir, doit se rappeler que l’idéal politique
est un idéal éthique. « La responsabilité de
poursuivre le bien commun revient non seulement
aux individus, mais aussi à l’Etat, car le bien
commun est la raison d’être de l’autorité
politique ».
Le choix de la
justice sociale et de la lutte contre la
corruption
La justice sociale
« grandit la nation » (cf Pr 14, 43), elle crée un
climat de paix et d’harmonie dans la société du
fait que la loi protège tout citoyen des exactions
et de tout abus de pouvoir. Une telle justice
implique l’existence d’un Etat de droit, dans
lequel personne ne concentre tous les pouvoirs
entre ses mains. La justice sociale et
distributive doit être promue car elle offre à
tous une égalité de chance fondée sur les mérites
objectifs et non sur le clientélisme. Cette
égalité de chance permet à l’Etat et à ses
institutions de garantir le bien commun et de
promouvoir un développement solidaire et intégral
du pays. Le Souverain pontife Benoît XVI le
souligne avec justesse dans sa lettre encyclique
Caritas in veritate : « C’est une exigence de la
justice et de la charité que de vouloir le bien
commun et de le rechercher. Œuvrer en vue du bien
commun signifie d’une part, prendre soin et,
d’autre part, se servir de l’ensemble des
institutions qui structurent juridiquement,
civilement et culturellement la vie sociale qui
prend ainsi forme de la cité ». La corruption
vient contredire tous ces principes en instaurant
comme norme l’intérêt égoïste, le népotisme, le
tribalisme et le détournement. Il faut dès lors
mener une lutte sans merci contre la corruption si
nous voulons que notre pays se développe de
manière harmonieuse . Le succès de cette lutte est
aussi fonction de l’engagement de la population
appelée à sortir de sa passivité pour dénoncer la
corruption et éviter ainsi de devenir complice
d’un mal dont elle est elle-même la première
victime.
Le choix de la
formation du peuple
Il est plus que
temps que la formation et l’information du peuple
soient considérées comme l’une des priorités de
l’Etat et de la classe politique. Seul un peuple
formé et informé deviendra capable de jouer son
rôle. La formation doit viser à lui redonner des
repères moraux, les seuls capables d’humaniser ses
rapports avec ses semblables et de les servir dans
la justice et l’honnêteté. L’absence d’une opinion
publique bien formée dans notre pays, capable de
peser sur les décisions n’encourage pas le
contrôle de ceux à qui le peuple a confié un
mandat. L’Eglise a pris la mesure du défi de
l’éducation tant spirituelle, morale que civique
aux fins de former le nouvel homme congolais
capable de résister face à la dictature d’un gain
facile et de l’avoir. Elle s’engage à poursuivre
son programme d’éducation civique axé sur la
participation des citoyens à la gouvernance locale
et la lutte contre la corruption.
Prendre un nouvel
élan
L’heure a sonné
pour nous lever afin de reconstruire notre pays
sur des bases solides. Après avoir été, comme le
dit notre hymne national, ‘ longtemps courbés’,
dressons nos fronts, tenons-nous droits et restons
dynamiques pour aller plus loin. Toutes les
couches sociales du peuple doivent pleinement
assumer leur part de responsabilité afin que
surgisse une société congolaise nouvelle. Dans ce
contexte, nous exhortons les fils et filles de
notre pays, les gouvernants et gouvernés, à vivre
aujourd’hui cette parole du Seigneur : ‘ lève-toi
et marche ‘ (cf Mc2, 9. 11). A un an du grand
Jubilé d’Or de l’indépendance de la RD Congo, «
l’impératif doit maintenant être clair et
absolument décisif : nous mettre debout en vue de
construire notre destinée ».
Conclusion : une
année du Jubilé
Au regard de cet
impératif de bâtir notre destinée nationale, nous
décrétons, pour l’Eglise Famille de Dieu qui est
en RD Congo, l’année pastorale 2009-2010 : l’
Année du Jubilé. Une année de grâce pour notre
pays, une année de renouveau et de joie, une année
de retrouvailles avec Dieu, pour mettre fin aux
pratiques de corruption et de vénalité qui
détruisent la nation et bâtir avec Dieu dans la
justice, un Congo solidaire, prospère et heureux.
Nous demandons que
durant cette Année Jubilaire, tous les fidèles
s’adonnent particulièrement à une fervente prière
et aux actes de repentance pour le passé , afin
d’obtenir de Dieu de toute bonté et de toute
miséricorde, l’abondance de grâces divines, la
paix profonde et durable et la marche irréversible
vers le progrès et la prospérité pour tous, sans
acception de personne.
En cette année du
Jubilé, l’Eglise famille de Dieu en RD Congo,
interpellée, elle-même, dans son apport au service
de la Nation, se présente humblement devant notre
peuple pour l’inviter à s’ouvrir sincèrement à
Dieu. Une démarche sincère à la suite du Christ ne
peut rester indifférente à la condition du frère
qui croupit dans la misère, elle ne peut non plus
accepter l’injustice sociale. Bien au contraire,
elle entraîne l’ouverture aux autres et une vie de
solidarité et de bonheur partagé. Avec le Pape
Benoît XVI, nous réaffirmons que « l’humanisme qui
exclut Dieu est un humanisme inhumain, seul un
humanisme ouvert à l’absolu peut nous guider dans
la promotion et la réalisation des formes de vie
sociale et civile – dans le cadre des structures,
des institutions, des cultures et de l’ethos – en
nous préservant du risque de devenir prisonnier
des modes du moment ». Comme dit le psalmiste : «
Si Dieu ne bâtit la maison vaine est la tâche des
bâtisseurs » (Ps 127, 1).
A l’intercession de
la Vierge Marie, Notre-Dame du Congo et Mère du
Perpétuel Secours, et à celle de nos bienheureux
Isidore Bakanja et Marie-Clémentine Anuarite, nous
confions la préparation et les fruits de l’Année
du Jubilé d’Or de l’indépendance de la RD Congo.
Que Dieu bénisse la RD Congo et notre peuple.
Fait à
Kinshasa, le 10 juillet 2009